Le 7 juillet 2021, Haïti s’est réveillée avec un président assassiné. Cinq ans plus tard, le pays se réveille toujours avec les mêmes questions, les mêmes blessures et le même sentiment d’abandon.
L’enquête avance au ralenti, les convocations se multiplient, les audiences se succèdent, mais la vérité judiciaire complète se fait toujours attendre. Pour beaucoup d’Haïtiens, la justice semble courir après son propre retard, pendant que le temps efface les traces et use la mémoire collective.
Pendant ce temps, le paysage politique a profondément changé. Des figures qui combattaient hier le pouvoir occupent aujourd’hui des postes de direction, des ministères et des institutions publiques. Pour une partie de la population, cette évolution nourrit l’idée que certains ont tiré un bénéfice politique de la crise ouverte après l’assassinat, même si la justice n’a pas établi de responsabilités pénales à leur encontre.
Et le peuple, lui, qu’a-t-il gagné ? L’insécurité a atteint des niveaux sans précédent. Les gangs imposent leur loi, des milliers de familles ont été déplacées, l’économie s’effondre, la pauvreté s’aggrave et l’espoir recule chaque jour un peu plus.
Cinq ans après, l’affaire Jovenel Moïse n’est plus seulement le dossier d’un président assassiné. Elle est devenue le symbole d’une justice qui peine à convaincre, d’institutions fragilisées et d’un État incapable de refermer l’une des pages les plus sombres de son histoire récente.
Un peuple ne peut construire son avenir sur des interrogations permanentes. La vérité, lorsqu’elle tarde trop, laisse la place à la méfiance, aux rumeurs et à la division. Haïti mérite mieux qu’une enquête sans fin. Elle mérite une justice indépendante, transparente et capable d’établir les responsabilités sur la base des preuves, afin que ce crime ne demeure pas une blessure ouverte dans la conscience nationale.

