Dans un contexte haïtien marqué par une crise multidimensionnelle — politique, sécuritaire et humanitaire — la question de l’organisation des élections demeure au cœur du débat public. C’est dans cette perspective que le parti Alternative pour la Transformation d’Haïti (ATHA), dirigé par le professeur et ancien député Jean David Geneste, a récemment exposé sa position sur les conditions nécessaires à la tenue d’élections crédibles et inclusives en Haïti.
Invité sur les ondes de Radio Kiskeya, au micro du journaliste Jean Noël, Jean David Geneste a présenté trois mesures fondamentales qu’il considère comme des préalables incontournables à tout processus électoral viable.
- Le rétablissement de la stabilité et de la sécurité
Selon le dirigeant d’ATHA, le retour à une stabilité politique minimale constitue la première condition sine qua non de l’organisation des élections. Cette stabilité passe nécessairement par une amélioration substantielle de la situation sécuritaire. Dans un pays où l’insécurité armée entrave la libre circulation des citoyens, compromet le fonctionnement des institutions et limite l’accès aux services publics, la tenue d’élections risquerait de se transformer en un exercice formel dépourvu de légitimité démocratique.
- La recherche d’un large consensus politique et social
La deuxième condition mise en avant est l’obtention d’un large consensus entre les principaux acteurs politiques, sociaux et institutionnels. Jean David Geneste souligne que l’absence de consensus ferait du processus électoral un pari risqué, susceptible d’aggraver les tensions existantes plutôt que de les résoudre. Dans cette optique, les élections doivent être le produit d’un accord collectif, garantissant leur acceptabilité par l’ensemble des forces en présence.
- Un accord global sur le processus électoral
Au-delà du consensus général, ATHA insiste sur la nécessité d’un accord global spécifiquement consacré aux élections. Cet accord devrait définir clairement les règles du jeu, les responsabilités des acteurs impliqués, ainsi que le calendrier électoral. Une telle démarche permettrait de renforcer la transparence du processus et de prévenir les contestations postélectorales récurrentes dans l’histoire politique haïtienne.
La question de la légitimité gouvernementale
Poursuivant son analyse, Jean David Geneste a attiré l’attention sur la composition du futur gouvernement de transition. Il estime que les personnalités appelées à occuper des postes ministériels ne devraient pas être des figures controversées ou perçues comme des « irritants » par l’opinion publique. La présence de tels profils risquerait, selon lui, de fragiliser davantage la légitimité du processus électoral et de susciter une défiance accrue de la population.
Dans cette même logique, il rejette l’idée selon laquelle un juge de la Cour de cassation devrait prendre la tête de l’exécutif, considérant qu’une telle option poserait des problèmes institutionnels et politiques susceptibles d’affaiblir la séparation des pouvoirs.
L’enjeu humanitaire des déplacés internes
le leader d’ATHA a lancé une alerte sur la situation critique des déplacés internes, estimés à environ 1,6 million de personnes. Il soutient que toute démarche électorale sérieuse doit impérativement prendre en compte leur droit au retour dans leurs foyers. Exclure cette frange importante de la population du processus civique reviendrait à compromettre le caractère inclusif et représentatif des élections.
À travers cette prise de position, le parti ATHA propose une lecture structurée et prudente de la transition politique en Haïti. En insistant sur la sécurité, le consensus, la légitimité institutionnelle et l’inclusion sociale, Jean David Geneste rappelle que les élections ne peuvent constituer une solution en soi, mais doivent s’inscrire dans un cadre global de refondation de l’État et de restauration de la confiance citoyenne.

