Le Brésil confirme le tournant à droitePar Antoine NERILUS

​Depuis plusieurs années, l’Amérique latine traverse une recomposition politique profonde. Les électeurs semblent de plus en plus méfiants à l’égard des vieux clivages idéologiques et davantage sensibles aux promesses de changement, de sécurité, d’autorité et de rupture avec les élites traditionnelles. Après une période marquée par le retour de plusieurs gouvernements de gauche, la droite reprend progressivement du terrain et transforme le paysage électoral du continent. Cette évolution ne signifie pas nécessairement la disparition de la gauche, mais elle révèle son affaiblissement dans plusieurs secteurs de l’opinion publique.
​Cette reconquête s’est manifestée à travers plusieurs scrutins majeurs à travers les Amériques depuis 2018. Au Brésil, Jair Bolsonaro avait ouvert la voie en 2018 avec une droite conservatrice, suivi la même année en Colombie par Iván Duque. En Uruguay, Luis Lacalle Pou a imposé le centre-droite en 2019, tandis qu’en El Salvador, Nayib Bukele s’est imposé par un populisme sécuritaire et autoritaire, avant d’être réélu en 2024. La République dominicaine avec Luis Abinader en 2020, l’Équateur avec Guillermo Lasso puis Daniel Noboa, le Costa Rica avec Rodrigo Chaves, le Paraguay avec Santiago Peña et le Panama avec José Raúl Mulino ont tous illustré cette poussée conservatrice et libérale. L’accession au pouvoir de Javier Milei en Argentine en 2023, avec son programme libertarien, est venue marquer un autre tournant spectaculaire de cette recomposition régionale.
​C’est dans cette dynamique continentale qu’il faut analyser le résultat du premier tour de la présidentielle brésilienne du 4 octobre 2026. Flavio Bolsonaro a créé une véritable surprise en devançant Lula, alors que la plupart des sondages accordaient encore un léger avantage au président sortant. Avec près de 47 % des suffrages contre environ 45 % pour Lula après le dépouillement de près de 99 % des urnes, le fils de Jair Bolsonaro démontre que la droite brésilienne demeure une force électorale majeure.
​Cette performance est d’autant plus significative que les enquêtes d’opinion avaient déjà sous-estimé la droite en 2018. Flavio Bolsonaro bénéficie ainsi d’un puissant héritage politique, mais aussi d’un contexte favorable : lassitude, insécurité, pression fiscale et désir de changement.
​Lula conserve une base électorale solide, mais son résultat traduit une difficulté plus profonde : la gauche peine à incarner le renouvellement. À bientôt 81 ans, le vétéran du Parti des travailleurs apparaît davantage comme le gardien d’une époque que comme le symbole d’un nouvel espoir.
​Le second tour du 25 octobre sera donc bien plus qu’un duel personnel. Il constituera un test majeur pour l’avenir politique du Brésil et, plus largement, pour le rapport de forces entre gauche et droite dans les Amériques.

Antoine NERILUS, doctorant en sciences politiques, journaliste, mastérant en Histoire, Mémoire et Patrimoine, professeur à l’Université d’État d’Haïti.