Haïti — Élections : des urnes au milieu du sang et de l’insécurité

Pendant que les autorités accélèrent le processus électoral, Haïti saigne. On prépare les urnes dans un pays où, pour une partie de la population, le simple fait de sortir de chez soi est devenu un acte de courage.

La vallée de l’Artibonite, autrefois grenier agricole du pays et symbole d’espoir, s’enfonce dans la violence. Des familles fuient, des vies sont brisées et des enfants deviennent orphelins. À Port-au-Prince, des quartiers entiers vivent sous la menace des armes, tandis que des milliers de citoyens sont contraints d’abandonner leur foyer.

Dans quel pays veut-on réellement organiser ces élections ?

Peut-on parler de participation démocratique lorsque des citoyens ne peuvent même pas circuler librement ? Peut-on demander à une population terrorisée de se rendre aux urnes alors que l’État peine encore à lui garantir le droit le plus élémentaire : celui de vivre en sécurité ?

Organiser des élections dans de telles conditions, sans apporter de réponse sérieuse et durable à l’insécurité, risque de transformer les urnes en symbole d’une profonde contradiction : demander le vote d’un peuple dont on n’arrive pas à protéger la vie.

Oui, Haïti a besoin d’élections. Mais celles-ci ne doivent pas servir de prétexte pour faire comme si le pays fonctionnait normalement. La démocratie ne se résume pas au dépôt d’un bulletin dans une urne. Elle suppose que chaque citoyen soit libre, protégé et en mesure d’exercer ses droits sans craindre les balles, les enlèvements ou la mort.

Avant de compter les bulletins, il faut protéger les vies. Avant de parler de victoire électorale, il faut permettre aux citoyens de retrouver leurs quartiers, leurs maisons et leur liberté.

Sinon, l’histoire pourrait retenir une image terrible de ce processus : des urnes dressées au milieu du sang et de l’insécurité.