Note de dénonciation du Recteur de l’Université Royale d’Haïti

Le Dr Jean-Pierre Rodrigue Matthieu élève aujourd’hui une voix indignée contre une dérive institutionnelle qui frôle l’absurde et révèle les travers inquiétants d’une gouvernance oublieuse de la mémoire nationale.

Le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), par une publication récente, a rendu publique une liste restreinte de quatre universités habilitées à offrir des doctorats académiques. Mais, dans cette sélection arbitraire, il a sciemment omis l’Université Royale d’Haïti (URH), pionnière et référence incontestée en la matière.

Il est nécessaire de rappeler qu’en 2013, bien avant toutes les autres institutions, l’Université Royale d’Haïti mettait sur pied le premier programme structuré de doctorat académique du pays. Ce fut une avancée majeure, un jalon historique, dans un paysage universitaire longtemps amputé du troisième cycle. Dès 1999, sous l’impulsion du Dr Matthieu, l’URH brisait le carcan du conformisme et ouvrait la voie à une réforme profonde de l’enseignement supérieur haïtien. Les fruits de cet effort pionnier sont palpables : depuis plus d’une décennie, des docteurs formés à l’URH occupent des postes stratégiques au sein de l’administration publique, contribuent à l’élaboration de politiques publiques et se distinguent dans des organismes internationaux.

Face à ces faits patents, la décision du MENFP n’est pas seulement une omission technique : elle est une négation, une injure faite à la vérité historique et académique. Elle illustre cette propension pathologique des élites dirigeantes à glorifier l’extérieur, à s’incliner devant des institutions étrangères, tout en foulant aux pieds les initiatives nationales les plus fécondes. C’est là une honte, une faillite morale collective : celle d’Haïtiens incapables de reconnaître la valeur de ce qui germe sur leur propre sol.

Mais il faut poser les vraies questions, et elles brûlent les lèvres : de quel droit une simple décision, prise entre amis du ministre Antoine Augustin, peut-elle révoquer les droits acquis d’universités reconnues, dont l’Université Royale d’Haïti ? Quelles compétences occultes, sinon des arrangements de coulisse, peuvent légitimer ce coup de force administratif ? A-t-on confondu République et coterie, État et chapelle privée ?

Et plus encore : le ministre Antoine Augustin a-t-il demandé rapport à la direction de l’enseignement supérieur sur cette question cruciale sur le statut légal des universités privées? Quand ce rapport lui aurait-il été soumis, et où est-il rendu public ? Sans fondement écrit, sans analyse technique, sur quelle base ce ministre, décrié et déjà discrédité, choisit-il quatre universités « amies » et raconte-t-il ses inepties ? Nous exigeons la production de ce rapport, ou bien il faut admettre qu’il n’existe pas. Voilà la preuve d’un désordre inouï et d’une incompétence qui confine au scandale.

Il faut dire les choses avec franchise : avant l’expérience audacieuse de l’Université Royale, ces mêmes décideurs avaient volontairement verrouillé la porte des études avancées. Ils considéraient les grades suprêmes comme des privilèges jalousement gardés, destinés à une poignée de protégés, triés selon des critères clientélistes. En érigeant le savoir en citadelle interdite, ils ont maintenu des générations entières dans l’exil intellectuel.

Aujourd’hui encore, ce réflexe rétrograde persiste : masquer la contribution fondatrice de l’URH, c’est prolonger la logique des cercles fermés, reproduire l’arrogance d’une élite qui ne tolère ni concurrence, ni innovation. Cette décision a-t-elle été prise en Conseil des ministres ? La direction de l’enseignement supérieur avait-elle considéré l’autorisation de fonctionnement et la reconnaissance des universités privées ? Si non, c’est le règne de l’arbitraire pur, l’abdication de toute rigueur et de toute dignité.

Le temps des faux-semblants est révolu. Tant que cette injustice criante ne sera pas réparée, le gouvernement, représenté par le ministre Antoine Augustin, restera complice d’une falsification honteuse de l’histoire académique d’Haïti.

Mais ce ministre, incapable de mesurer la gravité de ses actes, persiste à agir comme un apprenti sorcier, manipulant l’avenir de toute une génération avec la désinvolture d’un joueur de hasard. Ses décisions erratiques relèvent moins de la rationalité que de la folie administrative. Gouverner ainsi, c’est mépriser les institutions, piétiner la loi, bafouer la mémoire des pionniers et saboter l’avenir national.

Antoine Augustin, par son comportement, confirme chaque jour qu’il n’a ni la stature, ni la compétence, ni la vision requises pour occuper un poste aussi stratégique. Son nom est désormais synonyme d’improvisation, de légèreté et d’arbitraire. Il a transformé le ministère en une officine de passe-droits et de favoritisme, un théâtre d’absurdités où l’amitié supplante la compétence et où le clientélisme prend la place de la science.

Il faut avoir le courage de le dire : Antoine Augustin n’a aucune légitimité morale pour parler au nom de l’enseignement supérieur haïtien. Sa gestion calamiteuse le place en marge de la communauté académique, qui le rejette massivement et voit en lui un obstacle plutôt qu’un bâtisseur. À force de trahisons intellectuelles, il s’est déshonoré aux yeux de ceux qu’il prétend diriger.

Ce ministre, qui devrait être le gardien de la rigueur et de l’équité, s’est fait le chantre de l’arbitraire et de la manipulation. Il navigue à vue, sans doctrine, sans vision et sans loyauté envers la vérité. Plus grave encore, il agit comme si l’État était sa propriété personnelle, distribuant faveurs et sanctions selon l’humeur du moment. Voilà le comble du discrédit.

Il n’est plus question de tergiverser : une rectification rapide, obligatoire et publique s’impose. Le ministre doit revenir sur cette décision funeste, rétablir l’Université Royale dans ses droits, et présenter des excuses claires à la communauté académique. Faute de quoi, il faudra conclure que ce ministre agit en fossoyeur de l’intelligence nationale et que sa place n’est plus dans la conduite des affaires publiques, mais au banc des accusés de l’histoire.

Dr Jean-Pierre Rodrigue Matthieu