Entre manque de sincérité politique et lutte pour le maintien au pouvoir après le 7 février 2026 : le dilemme des membres du CPT et du duo Saint-Cyr – Fils-Aimé

Par Me CHERISSON SALOMON

Mes réflexions sur la résolution de révocation du premier ministre Alix Didier Fils-Aimé prise par le Conseil Présidentiel de Transition-CPT. La Politique est la gestion de la cité pour paraphraser le philosophe contractualiste et politique, Platon dans son fameux ouvrage : La République. Les politiques doivent prendre des décisions menant au bonheur et au bien-être du peuple non pas pour satisfaire des intérêts mesquins ou des intérêts d’un petit groupe.

Sidéré de voir une lutte intestine entre les dirigeants actuels pour garder le pouvoir politique pendant que leur mandat arrive bientôt à l’échéance. Cela nous rappelle la bataille idéologique et la lutte politique entre l’Élite noire et l’Élite mulâtre sous l’administration du président Elie Lescot dans les années 1945. Toute cette lutte est pour garder le pouvoir après 7 février alors que ce gouvernement CPT-Fils-Aimé a passé plus de deux (2) ans sans établir un climat de paix, sans mettre fin à l’insécurité qui ronge le pays et sans organiser les élections afin de permettre le pays de se retrouver sur la voie démocratique. C’est le plus gros échec qu’Haïti n’ait jamais connu depuis son historiographie. Un collège de neuf (9) conseillers présidentiels n’a pas pu se réunir pour organiser les élections pendant deux (2) ans.

  • Sur la révocation du Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé

Comme il a été mentionné dans le décret du 10 avril 2024, publié dans le Journal du pays Le Moniteur le 12 avril 2024, toute décision prise par le Conseil Présidentiel de transition doit être approuvée par la majorité des membres faisant partie de cette institution collégiale pour qu’elle puisse avoir effet. Tout décret ou arrêté ou résolution prise par la majorité doit être apposé de la signature de tous les membres du collège. Quelque minoritaire que certains membres puissent être ou quelque opposant que soit un membre du collège présidentiel, il doit soumettre à la volonté de la majorité. C’est la démocratie. C’est l’esprit collégial. La résolution de révocation du Premier Ministre Alix D. Fils-Aimé prise majoritairement par des membres du CPT est effective même si cette résolution n’a pas été publiée dans le journal Le Moniteur. Il est de principe que celui qui nomme peut révoquer.

La question qui se pose : est-il nécessaire de publier une résolution prise en collège présidentiel pour avoir effet ? Peut-on considérer Alix D. Fils-Aimé comme un PM révoqué de ses fonctions ?

Les principes font savoir que pour qu’une loi ou un arrêté ou un décret ou une résolution entre en vigueur il faut la promulguer et la publier. Car la promulgation constitue de cette loi l’acte par lequel il authentifie l’existence et la régularité de la loi et par lequel il ordonne que la loi soit exécutée. Elle confère à la loi un numéro d’ordre et aussi sa date, qui n’est pas celle de son entrée en vigueur. Cette loi doit être publiée dans le journal.

Bien que rendue exécutoire par sa promulgation, une loi, comme tout texte réglementaire, ne devient obligatoire pour les particuliers qu’après sa publication au journal officiel. Cette formalité est destinée à rendre le texte opposable aux citoyens. À partir du moment où le texte est accessible à tous, plus personne ne peut alléguer de son ignorance pour s’en voir écarter l’application. Réciproquement, à défaut de publication, le texte ne peut pas s’appliquer. Cette exigence de publication est commune à tous les textes, lois, décrets ou traités régulièrement ratifiés.

Etant donné que cette résolution de révocation qui a été prise par la majorité collégiale n’est pas publiée dans le Journal Le Moniteur, elle ne peut pas s’appliquer mais cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas légale ou n’a pas force exécutoire car elle a été prise en conseil présidentiel et y a opposé des signatures des membres ayant des pouvoirs ou prérogatives légales. A cet effet, à cause de la non publication de cette résolution de révocation, Alix Didier Fils-Aimé reste et demeure un premier ministre révoqué qui occupe illégitimement la fonction du PM jusqu’à ce que son mandat arrive à terme le 07 février 2026. Il ne pourra pas rester au-delà de cette échéance car son gouvernement dépend de l’existence du conseil présidentiel de transition, ce, suivant des dispositions des articles 4 et 10 du décret du 10 avril 2024 portant création du Conseil présidentiel de Transition.

  • Sur le comportement du Coordonnateur Laurent Saint-Cyr face à la résolution du CPT

Le Coordonnateur du CPT n’a pas signé la résolution et a formellement intimé l’ordre aux concernés de ne pas publier la résolution sans son autorisation expresse en disant que toute publication sans sa signature ne l’engage ni n’engage pas la nation dans une lettre adressée à la Secrétaire du Palais National en date du 22 janvier 2026. Laurent Saint-Cyr a agi comme s’il a été démocratiquement élu Président de la République et détenait seul le pouvoir politique. A lui seul d’imposer sa loi tout en oubliant qu’il fait partie d’un collège présidentiel et toute résolution collégiale prise par la majorité de ces membres doit être respectée et exécutée. Il a parlé comme s’il donnait de l’ordre une personne qui gère son bien privé. C’est gravissime.

C’est une mauvaise attitude affichée à l’égard de ses collègues présidentiels pour supporter le Premier Ministre qui est issu du même secteur que lui ou du moins une attitude bourgeoitocratique ou mulâtrocrattique. Une lutte sectariste pour le pouvoir et le peuple reste le véritable perdant. Il concentre le pouvoir au secteur privé ou à la bourgeoisie. Avec cette attitude et l’ingérence de l’international, c’est du passage de la collegetocratie à la bourgeoitocratie du pouvoir. Cette dernière consiste à contrôler l’État et favoriser les riches au détriment du peuple défavorisé. Elle désigne aussi un système de pouvoir dominé par la bourgeoisie ou le secteur privé où les décisions politiques sont prises principalement dans l’intérêt des classes économiquement dominantes.

Suite au refus de coopération à la résolution révoquant le PM Alix D. Fils-Aimé, Laurent Saint-Cyr fait preuve d’un traître et d’un manque d’esprit collégial, et sabote les principes édictés dans le décret du 10 avril 2024. Il a fait un coup de force, avec la complicité de l’international, confisque le pouvoir politique et instaure une dictature-du secteur privé. Donc, le pouvoir ne repose plus entre les mains du peuple, mais entre celles d’une minorité économiquement privilégiée. Ce système, que l’on peut qualifier de bourgeoitocratie ou mulâtrocratie, consiste en une confiscation du pouvoir politique par la bourgeoisie au détriment de la majorité citoyenne.

Une seule chose doit être sûre. Leur mandat arrive à terme le 07 février 2026. A cette échéance, le peuple prendra son pouvoir et combattra contre tout bourgeoitocratique qui pense qu’il confisquera le pouvoir politique après le 07 février 2026.

Combattre la bourgeoitocratie, c’est réhabiliter la souveraineté du peuple, éviter d’ un pouvoir sectariste et uniquement bourgeois, redonner l’autodétermination au peuple haïtien, restaurer la justice sociale et rendre à la politique sa véritable mission : servir le bien commun.

La lutte des classes pour le pouvoir politique est un obstacle à la démocratie réelle. Il faut sincériser la politique. Sans sincérité politique, le pays se trouvera toujours dans le chaos.

CHERISSON SALOMON
Avocat
Montréal, le 27 janvier 2026